L'histoire

Période babylonienne ancienne (ou paléo-babylonienne)

    Cette période se situe entre la chute d'Ur (2004) et la prise de Babylone par les Hittites (1595); elle se subdivise en deux parties:
        - la période dite d'Isin-Larsa d'une durée de deux siècles environ, extrêmement complexe, marquée en Basse-Mésopotamie par la lutte entre Isin et Larsa pour la conquête d'Ur et la domination des pays de Sumer et d'Akkad tandis qu'en Haute-Mésopotamie de nouvelles puissances émergent, souvent d'origine amorrite: Ashur, Ešnunna, Mari et Ekallâtum qui se déchirent pour la conquête des routes commerciales les traversant, sources de richesse et de conflits.
        - la deuxième partie, appelée 1er dynastie de Babylone, voit la montée en puissance de cette cité jusqu'alors secondaire, avec en 1792, le règne d'Hammurabi (ou Hammurapi). Babylone deviendra maîtresse de toute la Mésopotamie.

     La prise de pouvoir des Akkadiens puis des Amorrites entraîne de profonds changements religieux, linguistiques, sociaux et politiques avec notamment la séparation du clergé et de l'état. Une caste de marchands (tamkâru) oeuvre pour l'état et pour son propre compte, réunis en associations (kârum), se transformant en puissants propriétaires fonciers détenant à terme la plus grande partie de la richesse sous forme de céréales ou d'argent- métal. Ils lancent des opérations jusqu'à Dilmun (Barheim actuellement) rapportant le cuivre indispensable à l'industrie mésopotamienne- ils commercent avec des  royaumes au-delà de la Mésopotamie à partir de Mari vers la Syrie, d'Aššur vers l'Anatolie, d'Ešnunna vers l'Élam et de Larsa vers Dilmun.

     Les Cités-Etats codifient les actes de la vie sous forme de lois: rédigées en sumérien qui perd sa forme véhiculaire pour devenir langue morte utilisée pour les textes officiels: code de Lipit-Ishtar à Isin, code d'Hammurabi à Babylone, lois d'Ešnunna; les Amorrites adoptent l'akkadien comme langue courante. Pendant cette période les grands mythes sumériens sont pérennisés en akkadien: L'épopée de Gilgameš, La légende d'Etana..., la Liste Royale Sumérienne est établie en vue de rattacher les nouvelles dynasties à l'histoire sumérienne remontant à l'aube des temps.

La Basse-Mésopotamie.

     Les rois de la dynastie d'Isin prétendent au rôle de successeurs des rois d'Ur.     Ishbi-Erra (2017-1985), gouverneur de Mari proclame l'indépendance d'Isin en 2017 à la faveur de l'invasion des MAR.TU qui isole Ibbin-Sîn dans Ur, il s'empare de Nippur, centre religieux important, puis de deux autres cités Uruk et Eridu et chasse les Élamites d'Ur en 1988. Ishme-Dagan (1953-1935) se proclame "roi d'Isin, roi de Sumer, roi d'Akkad"; bien que d'origine akkadienne il pratique la religion sumérienne, se déifie et rend hommage au dieu-blé Dagan protecteur de la cité d'Isin. Ses successeurs (14 rois) maintiennent la paix avec peu de hauts faits, seuls notables: Shu-Ilishu (1984-1975) ramène d'Élam la statue du dieu-lune Nanna/Sîn à Ur, Iddin-Dagan (1974-1954) occupe la ville de Dêr à l'est du Tigre. Mais Lipit-Ishtar (1934-1924) se heurte au 5ème roi de Larsa: Gungunnum qui s'empare d'Ur puis de Dêr, de Suse, de Lagaš et peut être d'Uruk. La perte de son port et d'une partie de son pouvoir économique entraîne le déclin irrémédiable d'Isin, réduite à la capitale et ses environs immédiats; elle fut conquise par le roi de Larsa, Rîn-Sîn (1822-1763), après une période de troubles dus à la présence d'usurpateurs à la tête du pays. 
     Les maîtres d'Isin avaient contrôlé jusqu'alors les tribus Amorrites mais à la faveur des luttes entre Isin et Larsa les villes d'Ilip, de Marad, de Malgûm, d'Uruk devinrent amorrites. 

     La cité de Larsa, dans le Sud, fût une constante rivale d'Isin. En 2025 Nalpânum (2025-2005), d'origine amorrite, installe une nouvelle dynastie mais Zabaya (1941-1933) est le premier souverain laissant des inscriptions commémoratives. Larsa entretient des relations paisibles avec la ville d'Isin pourtant Gungunnum (1932-1906) entre en conflit avec Lipit-Ishtar (1934-1924) souverain d'Isin et s'approprie Ur puis Dêr, Suse, Lagaš et peut être Uruk
     Sûmû-El (1894-1866), étend son emprise vers le Nord, domine Nippur- la cité religieuse- lui conférant une légitimité symbolique. Il entreprend de grands travaux visant à détourner le cours de l'Euphrate au détriment d'Isin
     Ses successeurs poursuivent cette politique d'expansion au détriment de la cité ruinée. Mais Larsa épuisée par ses conflits devient à son tour la proie d'un amorrite Kudur-Mabuk en 1835; originaire du désert situé entre le Tigre et Zagros:le Yamutbâl, traversant le Tigre il y installe son fils Warad-Sîn (1932-1923). Cette nouvelle dynastie procure une période de paix et de développement économique, elle adopte la religion et la culture des rois d'Ur, elle réhabilite ou construit des canaux d'irrigation, elle relève les temples, elle favorise la littérature et les arts. Le frère de Warad-Sîn, Rîm-Sîn (1822-1763) conquiert Uruk, s'empare d'Isin.
      Larsa à son tour sera occupée par Hammurabi en 1763 où il se fait reconnaître comme "roi de Sumer et d'Akkad", il installe une union  éphémère entre Babylone et Larsa dont il détruit les remparts.

La Haute-Mésopotamie.

     Cette cité apparaît dans les textes de la dynastie d'Ur, elle était gouvernée par un ensi et contribuait au bala, elle se nommait en sumérien ka-dingir-ra et en akkadien Babilim signifiant "Porte du Dieu", les grecs l'appelèrent Babylone. Un facteur naturel participe à l'essor de cette bourgade: le changement du lit du fleuve Euphrate à la fin du IIIème millénaire; la cité se retrouve à l'arrivée Nord du lit principal.
      Son dieu-cité était Amar-Utu/Marduk, divinité secondaire rattaché au dieu-soleil
Šamaš lui-même dépendant d'
Enki/Éa, cette divinité secondaire prendra ultérieurement la place d'Enki/Éa à l'apogée de la puissance de Babylone.
     Les trois siècles de la première dynastie de Babylone sont mal connus.
     En 1894, un prince amorrite nommé Sumu-Abum (1894-1881) s'installe sur le trône de la bourgade; son successeur Sûmû-la-El (1880-1845) est considéré comme le fondateur de la dynastie, il absorbe de petits royaumes et réalise l'unification politique de la Babylonie du Nord allant de Sippur à Marad en englobant Kiš, Darum et Delbat. Ses descendants progressent vers le Sud et jusqu'au Tigre.
     Hammurabi -ou Hammurapi- (1792-1750) fait du royaume la principale puissance mésopotamienne. Sous le règne de son fils Samsu-iluma (1749-1712) le royaume décline et les successeurs ne peuvent s'opposer à la volonté d'émancipation des états nouvellement soumis: Isin, Nippur... mais ils conservent leur autorité sur le Moyen Euphrate jusqu'à Terqa.
     Sous le règne du dernier souverain de la dynastie Samsu-ditana (1625-1595) d'importants mouvements de peuples: Cassites, Hurrites, Hittites font pression sur les garnisons du royaume "au temps de Samsu-ditana, les Hittites marchèrent sur Akkad" et Muršili 1er, chef hittite s'empare de Babylone en 1595 mettant fin au "royaume de Haute-Mésopotamie".
   Babylone devra attendre le VIème siècle pour retrouver sa puissance.     

    Mari est située entre la Syrie et la Babylonie, sur la bande fertile de l'Euphrate; cet emplacement favorable permettait de tirer des ressources du trafic fluvial et de la richesse du sol fertile dès l'époque de la Dynastie Archaïque.
     La cité est connue principalement à partir des archives de la ville d'Ebla, pendant la dynastie d'Akkad Narâm-Sîm, roi d'Akkad, détruit le palais pré-sargonique en 2250. 
     Pendant trois siècles la cité prospère sera gérée par des gouverneurs appelés  šagim/shakkanakku, dépendants à l'origine d'Ur puis ultérieurement indépendants, ayant prérogatives royales durant la période d'Ur III. Une époque du chaos suit due à l'occupation de la région par les tribus amorrites: les Hanéens (Hanû) semi nomades soit habitant les cités akkadiennes soit transhumant à l'Ouest du pays de Mari.
      En 1820 Iaggid-Lim, amorrite, s'impose à Mari et place sur le trône en 1810 son fils Iahdum-Lîm (1810-12794) qui  prend le titre de "roi de Mari et du pays des Hanéens" étendant son influence sur les cités et sur les populations nomades. Il consolide son pouvoir sur le Moyen Euphrate jusqu'à l'embouchure du Bali y compris Terqa et Tuttul, puis, ultérieurement Ekallâtum mais se heurte à la puissance d'Ešnunna. Il reconstruit les murailles de Mari et de Terqa, impose l'écriture cunéiforme babylonienne. Il bâtit un temple en l'honneur du dieu-soleil Šamaš. En 1790 Mari est conquise par Shamsi-Addu, roi d'Ekallâtum après avoir fait probablement assassiné Sûmû-Iaman, Il  intronise son fils Iasmah-Addad et s'empare des richesses du palais. Mari perd son indépendance et rejoint comme vassale le "royaume de Haute Mésopotamie".
    La fin du "royaume de Haute Mésopotamie" est consécutive à la pression guerrière  des nomades soutenus à l'Ouest par Alep et à l'Est par Ešnunna. En 1774, Zimri-Lîm petit fils de Iadhum-Lîm reconquiert Mari pour une durée du 13 ans (1774-1762), il restaure l'ancien royaume à partir de mariages et de conquêtes: prise d'Ahlakkâ en 1772, traité avec les tribus Benjamites en 1770 (tribus hanéennes), expédition vers Ugarit sur la Méditerranée, défaite des élamites à Babylone mais en 1761 Mari est prise par Hammurabi puis détruite.    

     Cette cité, de l'époque d'Ubaid, était connue dès le Dynastique Archaïque et pendant la période d'Ur III, elle était le chef-lieu de la province de la Diyala, capitale du royaume du Warûm, gérée par un gouverneur (ensi), au carrefour des grandes routes commerciales menant du "goulet mésopotamien" au plateau iranien au travers du Zagros et celle reliant la Haute-Mésopotamie à l'Élam. 
     Elle fait sécession à la fin  de la période d'Ur III et son premier roi Šu-iliya vers 2020 prend le titre de "roi puissant, roi du pays de Warûm". Le successeur fut mis en place par le roi d'Isin au titre de prince vassal, Nûr-ahum qui est considéré comme le fondateur de la dynastie locale avec le titre de prince (rubû) représentant le dieu Tišpak considéré comme le roi d'Ešnunna, préservant la suzeraineté d'Isin. Cette dynastie, mal connue, se prolonge par des mariages croisés avec les chefs des tribus Amorrites voisines. Vers 1850 Ipid-Adad II va régner environ 36 ans, il étendra son royaume vers l'Est contrôlant le défilé du Hamrin, soumettant Nêrebtum, Tutub, Shaduppum, unifiant la vallée de la Diyala, s'étendant vers Arrapha (Kirkuk)  et à l'Ouest sur Rappiqum. Ses successeurs poursuivent leur expansion vers Mari, imposant leur culture et leur écriture mais ils se heurtent au roi d'Ekallâtum: Samsi-Addu et doivent établir des alliances puis les rompre au gré des pressions militaires et des ambitions des Etats voisins: Ekallâtum, Mari, Arbèles (Erbil) , Alep; puis avec les Élamites aidés par Babylone et Mari, Ešnunna fût conquise en 1765 par l'empereur d'Élam (sukkal). L'ambition du nouveau maître de la ville amène un renversement d'alliance; Hammurabi de Babylone et Zimri-Lîm de Mari chasseront le sukkal pour le remplacer par un chef de l'armée victorieuse qui à son tour se dresse contre Hammurabi et est défait en 1761, en 1755 Ešnunna victime d'une inondation sera rattachée à Babylone; son histoire postérieure est inconnue.

     Le nom d'Aššur proviendrait du nom de la divinité siégeant sur l'éperon rocheux dominant le Tigre où a été bâtie la cité; la ville, le royaume et le dieu-cité s'écrivent, en cunéiforme, Ash-Shur identifiant la ville au dieu - ultérieurement le sceau de l'Etat portera la mention: "du dieu Ash-shur et de l'hôtel de ville" mais par convention nous appellerons la ville Aššur ou Ashur, le dieu-cité Ash-Shur et le royaume l'Assyrie du grec "assuria".
     La ville fût fondée à la période Dynastique Archaïque  au point de rencontre des routes commerciales reliant la Basse-Mésopotamie au Kurdistan, à l'Arménie et à l'Anatolie. Ashur fût occupée par Nâram-Sîn souverain d'Akkad puis transformée en province à l'époque d'Ur III par Amar-Sîn. Elle fût gouvernée, ensuite, sous l'autorité de dix-sept rois d'origine mal établie. A la chute d'Ur, en 2006, un certain Puzur-Ashur, d'origine akkadienne fonde une dynastie de neuf souverains prenant le titre d'ishiakkum (ensi en sumérien) du dieu-cité Ash-Shur. Les temples d'Ash-Shur, d'Addad et d'
Innana/Ištar sont relevés de leurs ruines, la ville fortifiée. La richesse de la cité provenait du commerce avec l'Elam et du cuivre d'Anatolie vendu aux Akkadiens. 
      Puis les chefs amorrites des trois principales cités de la Haute-Mésopotamie: Mari, Ekallâtum et Shubat-Enlil vont contrôler l'économie de la région y compris la cité d'Ashur, période que l'on appelée "Ancien Empire Assyrien", avec notamment comme souverains Iahdun-Lim (1815-1798), Zimri-Lim (1775-1761) de Mari et Shamsî-Addu (1796-1775) d'Ekallâtum. Ce dernier s'empare d'Aššur créant le "royaume de Haute -Mésopotamie"; à sa mort son fils Išme-Dagan (1775-1735) lui succède mais il ne pourra pas s'opposer à l'influence de Babylone Cette période relativement courte a laissé de nombreuses traces archéologiques et écrites permettant une étude approfondie de l'Ancien Empire Assyrien surtout par les fouilles de la cité de Mari.
      Hammurabi prendra Aššur vers 1757/1755 lors de son expédition à l'est du Tigre.

M à j.: oct. 2004

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